Notre métier est formidable. Il faudrait surtout le faire de façon formidable. Laissez moi vous conter par le menu la petite aventure qui m’est arrivée samedi dernier et qui, parce que nous savons tous que cela est monnaie courante, mérite d’être examinée en détails.
Le téléphone sonne. Ma fille, 21 ans, répond et je l’entends avec surprise dire : « vous savez ma mère est vraiment hors quota ». Puis elle me tend le téléphone, son interlocutrice veut absolument me parler.
J’explique rapidement ma fonction et son historique à la demoiselle qui me propose de participer à une réunion de groupe. Elle me répond, angélique « oui d’accord, mais vous ne voulez vraiment pas participer ? »
Je lui demande si elle est payée au recrutement. Non, ce n'est pas la question. Elle me dit qu’elle a un peu honte de ce qu’elle fait, mais balaye vite ce sentiment dérangeant et déplacé (un rendez-vous peut-être… )
Amusée autant qu’estomaquée, je décide de voir jusqu’ou cette plaisanterie peut aller. J’accepte de passer le questionnaire filtre.
· Mon âge : ça va. Ouf !
· Celui de mes enfants : il est étonnant qu’à mon âge j’ai des enfants aussi âgés (elle est charmante !), on va les rajeunir un peu. D’accord ?
· Les enseignes que je fréquente : ha elle n’en a aucune sur sa liste ! je vous coche sur la marque X, vous vous en souviendrez ?
· Ma profession, question délicate s’il en est : vous êtes psychologue de formation, mais c’est parfait, ok pour psychologue !
Puis très rapidement, les date, lieu et horaires.
Je ne vous dirais pas de quelle société de recrutement, ni de quel concurrent et ami il s’agit parce que je ne le sais pas. Une hypothétique lettre de confirmation viendra peut-être nous éclairer, mais qu’importe finalement. Je sais qui est l’annonceur, heureusement je ne travaille ni pour lui, ni pour ses concurrents directs! Au fait est-il vraiment dupe ?
Notre métier formidable glisse inexorablement vers l’autolyse et nous en sommes tous largement responsables. Certains sont devenus, sans piper, des gestionnaires de fictions, fantoches éviscérés, marionnettes grimaçantes. Non pas que le jeu sur et avec le réel soit dénué d’intérêt, loin de là. A condition d’en maîtriser les variables. Ce qui est ici loin d’être le cas. Et le recrutement n’est que le premier des renoncements suicidaires. C’est aussi en cela qu’il est crucial. Les grandes déclarations, la main sur le cœur, de ces deux dernières années n’ont rien changé. Mais qui s’y attendait, alors que les orateurs étaient ceux-là même qui ont construit et nourrit les dérives du métier, au regard de leurs intérêts particuliers, et ce depuis 30 ans ?
C’est un chantier éminemment prioritaire. Depuis un an, parce que nous avons parié sur la proximité - tant avec nos clients qu’avec nos fournisseurs - et sur l’explication encore et toujours, nous avons commencé à dégager sur le sujet des pistes de réflexion, mais surtout d’action. Tout cela sera bientôt suffisamment avancé pour que nous puissions vous en parler. A noter que certains prestataires ont commencé à réagir et ont crée la Fédération Nationale Des Terrains d’Etudes qu’ils ont présenté au dernier SEMO.
En attendant tous vos commentaires et réflexions sont les bienvenus.
Je me demande si je vais aller à cette réunion de groupe….évidemment non, je n’irais pas !!!!!!!!!!!!
Catherine
posté le 18 mars 2008